Avec un peu plus de 74.000 habitants dont 35% d’origine
marocaine, la ville de Sebta reste synonyme de «contrebande» :
un fléau pour
le Royaume qui ravit les Espagnols.
Sebta, lundi 5 novembre, à 16 heures. Le roi d’Espagne Juan Carlos vient de quitter le préside de Sebta. Seuls quelques mini-drapeaux aux mains des enfants (près de 40.000 drapeaux auraient été distribués), des dizaines de fourgonnettes de la Guardia Civil et des banderoles méticuleusement accrochés aux bâtiments officiels témoignent de son passage éclair. Les médias, quant à eux, passent en boucle les images de la matinée : la liesse populaire à Sebta où les Espagnols accueillent leur roi sous les «Ceuta est espagnole» et la ferveur nationale marocaine, de l’autre côté de la frontière artificielle de Bab Sebta, qui dénonce la visite provocatrice de Juan Carlos, aux sons de «Sebta est marocaine !» Preuve qu’au niveau international, la visite espagnole n’est pas passée inaperçue tant elle dérange à un moment où la communauté «euro méditerranéenne» tente de «remettre sur les rails» le projet d’une union forte entre les deux rives lancé en 1995 à Barcelone et réitéré par le président Sarkozy lors du discours de Tanger le 23 octobre 2007. Car quoi qu’on en dise, Sebta et Mellilia restent les dernières traces du colonialisme sur le sol africain. Côté marocain, la solution doit incontestablement passer par un consensus bilatéral. La diplomatie espagnole, quant à elle, ne l’entend plus ainsi et préfère le dénigrement en choisissant la date anniversaire de la Marche Verte pour une visite «inexpliquée et impromptue» du souverain Bourbon. Les Marocains de Sebta ont décidé de ne pas se joindre aux festivités et de rester chez eux. «Notre situation est assez difficile. Pour nous, Sebta est marocaine mais que peut-on faire ? Lors du passage du roi d’Espagne, j’ai préféré rester chez moi, comme d’habitude ! Nos enfants sont nés ici et vont faire leur vie ici (…) même si notre situation socioéconomique n’est pas idéale (…)», témoignera cette femme.
En visitant le préside de Sebta, l’on peut aisément remarquer qu’autour des beaux quartiers administratifs et résidentiels qui subissent régulièrement des liftings, les Marocains habitent pour la plupart dans les périphéries. Les antennes paraboliques accrochées sur les toits, les petites boutiques où l’on parle arabe ou rifain, le linge sur les terrasses, les constructions clandestines, trahissent une ségrégation et une ghettoïsation sciemment organisées. Cette situation précaire des Musulmans est sans cesse dénoncée sans qu’elle ne trouve d’écho.
Avec un peu plus de 74.000 habitants dont 35% d’origine marocaine, la ville de Sebta reste synonyme de «contrebande» : un fléau pour le Royaume qui ravit les Espagnols. Et pour cause, leurs produits destinés spécifiquement à la contrebande, venant tout droit de la Péninsule Ibérique, inondent nos marchés à des prix défiant toute concurrence. D’ailleurs, de Casablanca à Agadir en passant par Meknès et Oujda, les produits des deux présides font fureur. Pour faire transiter ces marchandises, quotidiennement, de jour comme de nuit, des milliers d’hommes et de femmes (la gente féminine reste tout de même la plus nombreuse) passent plusieurs fois de suite les postes-frontières et s’approvi
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